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Un plmb lacustre, notre légende: il passe des nuages sur l'ego de notre décembre...
Rien n'y fait, mais ça ne fait rien...

de Constantin Frosin (CFR)
autor hermeneia





GEORGE BACOVIA

P L O M B

Cercueils de plomb dormaient à poings fermés
Comme fleurs de plomb, funéraire vêtement –
Moi. Le caveau !... il y faisait du vent.
Pour faire pendant, couronnes de plomb grinçaient.

Dos tourné, mon amour de plomb dormait
Sur fleurs de plomb ; j’entrepris de l’appeler –
Le mort – seul. Et moi… le froid y régnait…
Toujours en plomb, ses ailes par terre pendaient.

LACUSTRE

Depuis des nuits, il pleuvait.
J’entends la matière pleurer…
Je suis seul, et ma pensée
Remonte aux cités lacustres.

Je dors comme sur des planches humides,
Une vague déferle dans mon dos –
Je sursaute en sommeil et je pense :
Mon pont franchit encore la voie d’eau.

Un abîme historique se creuse,
Tout est comme avant, rien n’a changé…
Et je sais qu’avec toute cette pluie,
Les gros pilots vont s’effondrer.

LA LÉGENDE

Lorsqu’on vend n’importe quoi,
Quand tout devient denrée –
Ressuscite un son ancestral
De la harpe surannée,

Dans les coupes, qu’un vin tout d’oubli
Serve de mantille à la vertu –
Ressuscite un chant ancestral
De la harpe surannée.

IL PASSE DES NUAGES

J’arrête, je n’écris plus…
Du vin, une cigarette –
Autant d’après-midi s’en vont
Comme une sensation imparfaite.

Ce qui importe, pourtant, toujours,
Ailleurs, ou chez moi, poète –
Autant d’après-midi s’en vont
Comme une sensation imparfaite.

E G O

Toujours plus seul et plus muet
Dans son monde où règne l’oubli,
Et toujours plus fort m’oppresse
Une pénible misanthropie.

De mes écrits, mon amour –
Je te le dis en toute foi,
Il résulte une même froideur
Concernant les autres et toi.

DÉCEMBRE

Voilà comme neige ce mois de décembre,
Regardez les vitres, ma bien-aimée.
Dites qu’on apporte encore de la braise -
Je veux entendre le feu crépiter.

Et poussez mon fauteuil avant l’âtre
Pour que j’entende, dans la cheminée,
La tourmente de mes jours – ou tout comme,
Je veux leur symphonie discerner.

Et dites qu’on apporte aussi le thé
Et rapprochez-vous donc davantage,
Dites-moi des histoires des deux pôles –
Que tombe la neige, qu’on y fasse naufrage.

Qu’est-ce qu’il peut faire chaud, ici, chez vous,
Tout, dans cette maison, m’est saint, franchement –
Regardez comme il neige, ce décembre –
Ne riez pas… lisez donc de l’avant.

Il fait jour et, pourtant, plutôt sombre,
Dites qu’on nous apporte aussi la lampe.
Voilà, la neige monte la palissade –
Le givre a recouvert même la rampe.

Aujourd’hui, je ne rentre plus chez moi…
Tourmente par derrière, comme par devant,
Regardez comme il neige, ce décembre –
Ne riez pas, lisez donc de l’avant.


Traduit du roumain par
Constantin FROSIN






2007-02-18
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CFR

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